Anniv d’un collègue


tarama     22h, samedi, il pleut. Vous seriez normalement resté chez vous mais NAN c’est “l’annif” de Christophe ! Votre super collègue avec qui vous ne partagez rien à part l’eau de la machine à café. Mais Christophe c’est le “super collègue” que tout le monde adore donc pour stopper la pression des “autres” du boulot (“t’as intérêt à venir samedi on va se marrer !”), vous mettez votre manteau et GO.   Le Saint-Emilion reste à la maison vous passez à l’épicerie chercher une de ces bouteilles dignes d’une vinaigrerie. Allez Hop ! Un petit “Billette” qui va mettre Christophe carpette.   Seule sur le pallier (oui personne n’a voulu jouer le “+1” ce soir), vous grattez l’étiquette du prix comme une excitée mais trop tard la porte s’ouvre. Génée vous vous redressez. (De toute façon tout le monde sait que c’est de la piquette.)  
 “ Hellooooooo !!! Bah il est ou ton déguisement ? ”

Vous saviez que c’était “déguisé” mais ça vous faisait chier.

Christophe met vos excuses en accéléré parce qu’il est déjà bien éméché.   Vous entrez et tentez de reconnaitre sous de larges tissus ceux que vous connaissez. Tout y passe : Jésus, Bugs Bunny, Bécassine, Prostipute, un Bee Gees venu en solo.  
 “ Heyyy !! ” (Une chipo géante fonce sur vous)
C’est Sylvie l’assistante de direction. Invitée à tous les annivs sous le motif “dépression”. Elle vous saute dans les bras (un geste de soulagement qui laisse penser que les autres ne sont pas là).

Vous vous êtes fait violence pour y aller, ils vous ont plantée.

 

Autrement dit vous auriez pu rester sous la couette avec l’excuse “maux de tête”. Christophe aurait juste été déçu que vous ne goûtiez pas son super “planteur” préparé le matin avec Coralie (sa nana) qui a géré les préparatifs : “cahuètes dans les bols” et “tartinage dégoulinant de tarama rose fluo”.   Mais vous y êtes. Pas d’autre choix que de rester là. Pour le savoir vivre mais SURTOUT pour que Christophe continue à faire le niveau d’eau de la machine à café avant votre arrivée.   Pendant que la Chipolata se fout du tarama plein les doigts vous fumez à la fenêtre. C’est souvent à cet instant qu’un gros lourd ne perd pas de temps.
 “ Bah t’es déguisée en quoi ? ” “ En moi ”
Vous l’envoyez chier mais la façon qu’il a de montrer ses gencives vous laisse penser que que vous avez touché le bon degré d’humour.
 “ Je m’appelle Jean-Michel et toi ? ” “ Je m’appelle moi ! ” et là ça ne loupe pas il glousse comme une poule transgénique.
Et inutile de préciser qu’il est déguisé en cochon bien rose.

Vous feintez la recherche de cendrier, vous l’esquivez.

  Christophe a déjà enlevé sa chemise il saute partout et se dirige vers vous pour vous tirez sur la piste (oui piste ! il a quand même enlevé le tapis et la table basse pour faire de la place!). Et là tous ses potes d’école de commerce; avec qui il a pris ses premières cuites; vous encerclent. Dans cette agitation vous recevez les giclées du planteur de Coralie et sentez les effluves de Justin Bridou.   De trop pour vous c’est cochonou qui revient à la charge en frottant sa queue (en tire-bouchon) contre votre postérieur.

Vous tentez de l’ignorer, vous lui tournez le dos.

Rien y fait il agite ses pattes arrières aussi vite que si on l’avait égorgé à l’abattoir. Il se remet face à vous et pointe son groin comme s’il voulait renifler votre haleine. Le mot lourd a pris tout son poids lorsqu’il s’est rapproché pour tenter de vous embrasser. Sans retenue vous l’ouvrez :
 “ Il a fini le gros porc ? Il va vite remettre son saucisson dans le caleçon parce que là ça devient génant ”.
Anesthésié par la billette il ne rétorque pas et titube en direction de la cuisine la queue entre les jambes. Vous réalisez que vous avez perdu votre sang froid mais surtout que vous avez cassé l’ambiance “disco-night-stromboscope” de Christophe ; parce qu’au moment de gueuler comme une truie ; la playlist de Pascal le “Didjay” s’est arrêtée.   Profil bas, vous saluez la chipolata et filez sous vos draps. En remerciant Christophe pour cette “super soirée”, vous vous excusez timidement d’avoir un peu agressé son pote porcinet.
 “ T’inquiète tu lui diras lundi que c’était pour déconner ” “ Comment ça lundi matin? ” “ Bah c’est notre nouveau directeur commercial ! Jean-Michel ! un pote de longue date.    Je lui ai proposé de venir ce soir pour qu’il rencontre déjà quelques collègues !”
Le drame. En un quart de seconce c’est le logo de Pôle Emploi qui agite votre cerveau. Autrement dit Christophe vient de vous annoncer que vous allez chercher un nouveau boulot.   Retour à la maison. Il vous reste du Saint-Emilion.    

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